BULLETIN

Chers et chères,

Le passage à l’an neuf est un temps de réflexion. Un rituel qui me tient à coeur. Pour commencer, une citation ‘adaptée’ qui donne à réfléchir:

"L’échec de “l’art politique” ne réside ni dans ses termes de pontons, ni son vocabulaire de latrines, ni le langage vulgaire dont il se sert. Ce serait une incrimination absurde. Puis avec des gravats d’expressions et du brai de mots, l’on peut exhausser d’énormes et de puissantes œuvres. Ce que je reproche, ce n’est pas le lourd badigeon de son gros style, c’est l’immondice de ses idées. Ce que je lui reproche, c’est d’avoir glorifié la démocratie de l’art." (Huysmans dans ‘Là-bas’)

Ce qui m’a frappé en 2018 ? Je constate notamment que l’équilibre entre la politique et l’art poétique dans le monde artistique est souvent absent. J’ai vu et senti des choses formidables. Je remarque d’ailleurs que les représentations les plus intéressantes s’appuient sur des chefs-d’œuvre historiques. La façon dont Romeo Castellucci fait taire l’orchestre dans sa version de ‘La Flûte enchantée’. La puissance de notre culture ‘occidentale’ et le désarroi de notre art poétique contemporain nous explose ici à la figure. La façon dont Kate Lindsey incarne Néron dans le ‘Couronnement de Poppée’ de Monteverdi, dans sa version accueillie au Festival de Salzbourg. La contenance implacable avec laquelle elle confronte sa voix et sa féminité est carrément magistrale. À Paris, j’ai vu le fabuleux solo ‘Inflammation du verbe vivre’ où Wajdi Mouawad renoue sublimement avec la tragédie grecque. Colère et beauté : il est question ici de trouver un équilibre. Mais la beauté en soi tout simplement n’existe pas. Et lorsque la colère domine, elle tourne bien vite en divagation. Mais quand l’équilibre est atteint! La sombre puissance de l’interprétation de Hamlet par le Kuiperskaai ou la non compromission totale de Victor Lauwers face à la vitesse de notre temps. Hamlet, tel un os rongé, laissé pour compte dans un coin, sans craindre le poids de l’histoire.

‘L’Agneau Mystique’ de l’impressionnant Milo Rau est significatif. Un théâtre public d’un nouveau visage. Le fait qu’on soit alors surpris que des musulmanes s’effraient et se retirent pose question quant à la ‘teneur’ de ce projet. Est-ce dû à la diligence de l’artiste politique peut-être ? Ou est-ce moi qui porte un regard trop politique ? L’art pourtant ne peut exister qu’à travers la force des nuances, la confusion qui naît au moment où on ne comprend plus mais quand un regard stupéfait envahit le spectateur. Ou un regard bienveillant d’aversion? Je veux être politiquement actif et contribuer à un monde meilleur, plus clair et sûr. Mais dans mon art, ce monde, je le renverse avec la rage de l’espoir.

Et cela se complique. Je me suis dernièrement rendu à Hébron en Cisjordanie, la ville d’Abraham ou Ibrahim, le trou noir de notre civilisation. Où les colonistes de Chicago pissent sur la Palestine. Si navrant qu’il n’y a point de mot. De la colère, ici aussi, mais du chagrin plus encore. Plusieurs artistes palestiniens m’ont dit qu’il n’était plus l’heure de faire de la poésie. L’art est à présent contraint de servir la résistance. Il y a trop de douleur, trop d’humiliation et trop de haine. Vous voilà bien, avec du Huysmans et vos idées prétentieuses sur l’art et la force de la poésie. Décontenancé, je suis allé boire un café à Bethlehem, dans l’hôtel de snobs de Banksy (jusqu’à 450 dollars pour une chambre, mais avec vue imprenable sur le mur de la honte et le graffiti de Banksy. Vive le touriste activiste !) et j’ai compris que j’y comprenais encore moins. Alors je suis parti me promener en direction de Jérusalem, à 7 km de là, mais au bout de cinq cents mètres, je me suis vu barrer la route par une très jeune soldate israélienne. Elle m’a ordonné de faire demi-tour. On ne se promène pas de la Palestine à Israël. Il a fallu du coup trouver un taxi avec la bonne plaque minéralogique et deux heures et trois contrôles pour venir à bout des 7 kilomètres. À Jérusalem, je me suis arrêté, surpris, devant un marchand qui proposait la kippa autant que le kufi. La solution bi-étatique se trouve juste là, dans une échoppe.

J’ai eu une charmante conversation avec la direction de l'Israel Festival. Ils voulaient présenter ‘Le poète aveugle’ lors de la prochaine édition. Une ode au poète syrien Abu al ‘ala al Ma’arri. En arabe. Je trouve cette offre fantastique mais je leur explique aussi que cela fait depuis trente ans que Needcompany et moi refusons les propositions venant d’Israël. Mais après ma visite à Hébron et les autres villes et les camps de réfugiés, je ne sais pas. Un boycott laisse beaucoup de monde sur le carreau. Signer le manifeste BDS (Boycott culturel total d’Israël, à l’instar du boycott contre l’apartheid) est un acte lâche et honteux, selon Nick Cave. Il se trompe. Je crois qu’il s’agit plutôt de naïveté et d’ignorance. L’auteur israélien David Grossman m’a conseillé d’y aller. Ne pas y aller n’a pas de sens. Lui aussi fait partie de ces nombreux Israéliens qui ont honte de leur gouvernement et trouvent la politique envers la Palestine répugnante. Et demandent qu’on les aide dans leur opposition. Les deux groupes d’opposition, en Palestine et en Israël, sont humiliés et écrasés par leur propre gouvernement. Il s’agit d’un catch-22: ne pas aller en Israël signifie ne pas prendre au sérieux la force de ton langage poétique. Y aller signifie peut-être la mort de cette poésie.

Salutations,
Jan

Tout le bien

En Janvier débutent les répétitions de Tout le bien, la nouvelle création de Jan Lauwers & Needcompany. Jan Lauwers est l’auteur et le metteur en scène. La musique est signée Maarten Seghers.

Tout le bien est une chronique sur la perte et l’espoir, à une époque où l’Europe jette ses valeurs par la fenêtre et où un large groupe de gens se laisse séduire par la haine et la fermeture. Tout le bien, c’est aussi le récit d’une famille d’artistes aux prises avec leur quotidien et la mort, de plus en plus présente, qui vient s’immiscer, impitoyable, tant au cœur de leur foyer que dans le monde extérieur.

Première mondiale le 22 août 2019 au Ruhrtriennale.

Première belge pour Begin the Beguine

Begin the Beguine est le dernier texte écrit par le cinéaste légendaire John Cassavetes avant sa mort. Cette allégorie noir d’encre sur Eros et Thanatos n’a cependant jamais dépassé la phase de préparation. Jusqu’à ce que la maison d’édition allemande S. Fischer Verlag et Faces Distribution Corporation demandent à Jan Lauwers de s’attaquer à la mise en scène de ce chef-d’œuvre. Lauwers créera une première version en 2014 pour le Burgtheater de Vienne. Une seconde version suivra trois années plus tard, en collaboration avec Humain trop humain - CDN Montpellier, où les acteurs Gonzalo Cunill et Juan Navarro s’engagent dans la confrontation avec Romy Louise Lauwers et Inge Van Bruystegem.


'Begin the Beguine' est aussi absurde qu’une pièce de Beckett, aussi exclusif qu’une soirée entre messieurs et aussi philosophique qu’une comédie de Tchekhov. Le metteur en scène idéal pour cet imbroglio brutal serait Cassavetes en personne, s’il n’était pas décédé depuis 25 ans. Le seul à posséder l’ indispensable combinaison empathie et distance est peut-être le metteur en scène belge, Jan Lauwers.
Wolfgang Kralicek, Süddeutsche Zeitung

29 janvier 2019 Kaaitheater
30 janvier 2019 Kaaitheater
1 février 2019 Toneelhuis
2 février 2019 Toneelhuis


Grace Ellen Barkey et Witte de With

En février, la directrice Sofía Hernández Chong Cuy et le curateur Samuel Saelemakers du Witte de With accueillent Ellen Barkey dans le cadre de l’exposition “An exhibition with an audio script by Sarah Demeuse and Wendy Tronrud, as well as a soundtrack by Mario García Torres in collaboration with Sol Oosel” pour sa dimension visuelle et performative. Grace Ellen Barkey s’approprie le troisième étage avec diverses installations qui invitent le public à faire partie de son œuvre sensorielle. Les installations de Barkey cherchent à transposer un espace en une étroite dimension. Elle collectionne, photographie et filme des fleurs, des feuilles et autre flore dans son jardin et son environnement immédiat. Elle pose un regard claustrophobe sur l’idée que l’homme est mortel et la nature éternelle. La beauté n’est belle que si elle est éphémère. Alors seulement elle possède une histoire.

L’exposition a lieu au Witte de With Center for Contemporary Art à Rotterdam du 27 janvier au 5 mai. Avec les interventions de Grace Ellen Barkey les 9 et 10 février.

Trajet éducatif art & souvenir

Needcompany fait une rétrospective sur une collaboration toute particulière avec la province de Flandre occidentale (provincie West-Vlaanderen) autour de Guerre et Térébenthine et le trajet éducatif développé avec GoodPlanet Belgium. En effet, 120 élèves et jeunes des classes OKAN (classe d'accueil pour nouveaux venus allophones) de six écoles du secondaire ont participé à une journée de rencontre sur le thème ‘art et souvenir’ dans le studio de répétition de Needcompany à Molenbeek-Saint-Jean, avant d’assister à la représentation de la pièce dans leur ville respective. Le 18 janvier, à Bruges, les petits films de la maison de production Het Peloton seront présentés au grand public.


En tournée

Needcompany est en tournée en Belgique et à l’étranger. Guerre et Térébenthine se jouera les 23, 24 et 25 janvier au Théâtre National de Bruxelles, les 28 et 29 mars au Teatros del Canal de Madrid, les 4 et 5 avril à l’Opéra de Dijon et les 9 et 10 avril au MC93 - Maison de la culture de Bobigny (Paris).

La chambre d’Isabella, qui récolte les louanges, sera à l’affiche le 19 mars sur la Scène Nationale 61 d'Alençon-Flers, les 12 et 13 avril au MC93 - Maison de la culture de Bobigny (Paris) et les 23 et 24 mai au ILT Festival d’Aarhus.

Le poète aveugle se jouera le 24 mars au HNK Zajc à Rijeka.

Grace Ellen Barkey est aussi en tournée avec Hamlet, la toute dernière création du Hamlet. Elle interprète le rôle de la volontaire Gertrude aux côtés de son fils Victor Lauwers, le prince Hamlet, et de sa fille Romy Louise Lauwers, qui incarne Ophélie. Plus d’info et la liste complète des représentations sur Toneelhuis.be.


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