BULLETIN

Chers amis de partout, 

Quelques pensées en une matinée agitée de juin 2020.

Au moment où j'écris cette lettre, 380 000 personnes sont mortes du virus. 120 000 000 personnes meurent en ce moment de faim. Pour nous les Occidentaux, le confinement est contraignant, certes, mais il est catastrophique pour la majorité de la population mondiale. En tant que directeur artistique, je constate que les artistes avec qui nous collaborons ont vu leur pauvreté choisie se transformer en pauvreté forcée. Mais nous vivons dans un des meilleurs pays “sociaux” du monde, doté d'un secteur culturel très motivé. En plus, nous vivons en Europe : en soi, c'est déjà un luxe. Nous avons sans doute beaucoup trop de bureaucratie, mais au moins pas de psychopathe comme président, et encore moins de dictateur. Vive l'Europe !

Nous traversons une époque difficile, c'est certain, mais nous avons une force énorme de solidarité et d'inclusion qui grandit et s'épanouit. Je sais bien : nous sommes naïfs et nous ne mettons pas la pression comme les compagnies aériennes, mais nous sommes beaucoup plus nombreux. En outre, nous avons, pour rester dans mon domaine, les meilleurs créateurs de théâtre et le meilleur public du monde ! Même un virus ne peut empêcher ça. Nous avons survécu à la peste (la moitié de la population mondiale décimée), à la grippe espagnole (100 millions de morts) et l'art n'a jamais changé dans son essence. Je ne crois pas à un art qui s'adapte. Celui-ci est toujours à la mode. La politique et l'art : ça, ça me parle. Un artiste qui se laisse mener idéologiquement n'obtient la plupart du temps qu'un maigre résultat.

Malevitch n'est pas parvenu à son aplat de peinture noire à la suite d’une étude scrupuleuse ou par la sublimation de la forme, mais par des principes idéologiques, révolutionnaires : la destruction de l'histoire. C'était en soi un acte négatif. Brâncuși est lui aussi arrivé à des formes totalement nouvelles, mais à travers une recherche en profondeur et des études très lentes. Le résultat semble le même mais il est fondamentalement différent. Le premier détruit l'histoire, le second chérit cette même histoire. Je suis un peu perdu : Malevitch et Brâncuși sont de très grands artistes. Malevitch a fini par faire de bêtes petits tableaux sur l'ordre de Lénine.

En Flandre, nous avons aujourd'hui un ministère de la Culture qui se manifeste idéologiquement. Est-ce cela qu'on veut en tant que secteur culturel “de gauche” ? Un ministre engagé ? Oui, bien sûr, si celui-ci est animé par la même conviction, sinon nous lui jetons des tomates, parce que nous sommes quand même trop gentils pour les grenades. Si ça colle avec l'idéologie, ne faut-il pas une séparation entre l'art et l'Etat ? Je serais curieux de voir ce que ça donnerait si demain, dans l'un ou l'autre théâtre municipal, un intendant repeignait les murs en noir et y accrochait les dogmes nationalistes. Priorité au théâtre de chez nous ? Vive la liberté d'expression ?

La tendance nationaliste l'emporte à nouveau: que devons-nous faire si l'art ne peut plus franchir la limite ? Quand est-ce que la langue reste dans le domaine du langage ? Est-ce qu’alors la danse revient au folklore ? La globalisation des arts est-elle une bulle pour l'élite qui s'apprête à exploser ? Est-ce que le réflexe international de la “vague flamande” des années 80 était un ego-trip de quelques exceptions ? A quel point Castellucci est-il italien ? A quel point suis-je flamand ? Oh, à cette dernière question, je peux répondre: hypra-flamand. (Demandez donc à ma compagne de vie, Grace, cette inégalable boat-people chino-néerlando-javanaise au plus beau des regards compatissants).

L'art doit se mêler du monde, c’est certain, mais que se passe-t-il quand le monde se mêle de l'art ? Voici un cas d'école d'un moment politiquement “artistique”:

“Nous croyons que justement en ce moment, à présent qu'en de nombreux domaines des prestations maximales sont accomplies, la plus grande valeur de la personnalité individuelle triomphera à nouveau aussi dans l'art...”

Cette citation pourrait sortir aujourd'hui de la bouche d'un ministre de la Culture enthousiaste. Nous pouvons la qualifier de porteuse d'espoir et d'énergique. Elle a été prononcée par Hilter lors de l'inauguration de sa grande exposition d'Art Allemand en 1937, parallèlement à laquelle il laissa prendre place une exposition “d'art dégénéré”: une des plus intéressantes expositions d'art moderne du XXe siècle. Pour montrer au peuple ce qu'il ne fallait pas faire. Ce fut la preuve que l'art dans un carcan est de l'art mauvais.

L'art n'est pas pour tout le monde mais pour tout le monde il y a l'art.

Au sein de Needcompany, cela faisait déjà un petit temps que nous étions en train de changer notre organisation, de la rendre plus inclusive et franche, plus chaleureuse et radicale. Nous continuerons et nous vous présentons dans cette newsletter quelques nouvelles initiatives.

Nous croyons en l'avenir et accueillons Song Louis, la fille de Romy Louise Lauwers. Ainsi que Rover, le fils d'Elke Janssens.

Jan


Needcompany embarque pour un voyage à la pointe de l’art

Les temps sont très durs pour les artistes, pas pour l'art. Dans le travail de Needcompany, l'accent est mis non seulement sur les créateurs mais aussi sur les interprètes : les acteurs, les performeurs, les danseurs et les musiciens. Nous avons aussi été pendant longtemps un des plus grands ensembles de Flandre, avec douze acteurs à temps plein. Cela s'est malheureusement réduit ces dernières années à un ensemble évolutif. Mais nous sommes tout de même très soucieux des artistes “exécutants”. Nous constatons que pas mal de théâtres municipaux vont se concentrer cet automne sur des solos. C'est une solution d'urgence qui est catastrophique pour les interprètes.

Nous voulons aller plus loin que de purs solos, que des œuvres de plus petite envergure ou des alternatives virtuelles comme idée pour l'avenir. C'est justement maintenant que nous engageons tous nos moyens pour continuer de rendre possible de plus vastes relations de collaboration. A côté de la production de nos propres spectacles, nous coproduisons toujours depuis quelques années le travail de jeunes créateurs comme Mohamed Toukabri, Lobke Leirens & Maxim Storms, Sung-Im Her, Kuiperskaai… Après plus de trois décennies, nous sommes occupés à revisiter et à repenser l’histoire de Needcompany et son empreinte artistique. C’est pourquoi nous ouvrons encore un peu plus nos portes et nous explorons les possibilités de nouvelles alliances et connections artistiques.


The House of Our Fathers / Mothers of Inventions

Les 3 et 4 juillet, nous présentons au MILL, le labo­ratoire de Needcompany, une performance de longue durée, de 2 fois 8 heures : The House of Our Fathers / Mothers of Inventions. Nous invitons pas moins de 20 perfor­meurs de toutes géné­rations à participer. « Corona-proof » et rempli de la joie de créer.



The House of Our Fathers est une installation de Jan Lauwers qu'il a construite sur base de recyclage dans toute une série de musées importants. C'est une recherche en cours sur la différence fondamentale entre la production et la reproduction, sur la différence entre un acteur et un performeur.

Avec: Anna Sophia Bonnema, Benoît Gob, George van Dam, Grace Ellen Barkey, Hans Petter Dahl, Inge Van Bruystegem, Jan Lauwers, Jules Beckman, Julien Faure, Lot Lemm, Maarten Seghers, Martha Gardner, Meron Verbelen, Misha Downey, Mohamed Toukabri, Oscar van der Put, Pierrick Drochmans, Romy Louise Lauwers, Simon Lenski, Victor Lauwers, Viviane De Muynck, Yumiko Funaya


MILL’S BEAUTY SALON

Avec le MILL’s BEAUTY SALON, nous nous engageons explicitement pour le soutien d'artistes. Avec ce projet d’un montant de 10 000 euros, nous voulons offrir aux artistes la possibilité de réfléchir et de créer sans échéance et sans obligation de résultat. Ouvrez l'œil. Cet appel sera bientôt diffusé largement.

"Jusqu'à présent, toute alternative n'est pas intéressante.
Le théâtre, le plus vieux médium artistique, ne peut pas être surpassé."

– Jan Lauwers


Intolleranza 1960



Le dimanche 9 août aurait dû avoir lieu la première de l'opéra Intolleranza 1960, dans une mise en scène de Jan Lauwers, lors de l'édition centenaire du Festival de Salzbourg. Cette collaboration unique entre Needcompany et le Wiener Philharmoniker sous la direction du chef Ingo Metzmacher aurait en outre constitué l'un des grands moments du festival. A cause du coronavirus, cette édition anniversaire à Salzbourg a dû être profondément revue. Un spectacle avec plus de 200 artistes est à présent évidemment impossible. Mais le directeur Markus Hinterhäuser comme Jan Lauwers et Ingo Metzmacher étaient d'accord sur le fait que cette œuvre devait pouvoir être donnée sans compromis. Donc, au lieu d'une version tronquée, ils ont choisi un report à la saison suivante.


(Pas) en tournée

Suite aux mesures du gouvernement fédéral belge pour stopper la propagation du coronavirus, nos représentations de Tout le bien et FOREVER à Anvers, Toulouse, Martigues, Turin, Sibiu et Poznań ont été postposées. Nous cherchons actuellement de nouvelles dates pour la saison prochaine. Mais ces dates-ci sont déjà confirmées :

Tout le bien: les 23 et 24 novembre 2020
Toneelhuis (Anvers)

FOREVER: les 4, 5 et 6 novembre 2020
Théâtre Garonne (Toulouse)

Le Sibiu International Theatre Festival, en Roumanie, travaille cette année à une édition spéciale online du festival et présente un film de Le poète aveugle de Jan Lauwers & Needcompany. Tout le bien sera présenté en juin 2021.




Probabilities of Independent Events

Spécialement pour l'ouverture de December Dance ’19, Grace Ellen Barkey a créé avec l'orchestre Needcompany et les danseurs de deuxième année de formation au Conservatoire royal d'Anvers Probabilities of Independent Events. Les arrangements et la direction musicale étaient confiés au compositeur Rombout Willems.

En octobre, Grace Ellen Barkey & Needcompany renouvellent encore une fois ce tour de force. En l'occurrence avec les étudiants de l'école de danse Tanzwerk101 à Zürich et en collaboration avec le Theater Casino Zug. Probabilities of Independent Events sera à voir les 23 et 24 octobre.



"L'enthousiasme des danseurs et des musiciens de Probabilities of Independent Events fonctionne de façon plus que contagieuse. C'est comme si Grace Ellen Barkey voulait dire que nous ne pouvons pas oublier nos rêves en ces temps difficiles."

– Pzazz


Molly Bloom



En 1999, Viviane De Muynck et Jan Lauwers abordaient l'œuvre de James Joyce. Après une série de lettres scandaleuses, le petit-fils de Joyce a explicitement interdit l'utilisation des textes. Malgré cette interdiction, quelques lectures clandestines ont eu lieu en Allemagne et ont été relayées par la presse. A présent que l'œuvre de Joyce est libre de droits, Needcompany ne laisse pas filer la chance de porter enfin ce projet sur scène.

Molly Bloom se penche sur le monologue intérieur de l'épouse infidèle de Leopold Bloom. Molly Bloom comme symbole de féminité, ses pensées sur les hommes dans sa vie, sa situation actuelle, ses souvenirs, son sens de l'humour, sa joie de vivre, sa façon d'aborder la perte et le chagrin.

Première le 4 novembre à La Filature (Mulhouse). Ensuite en tournée.


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