La douce, très douce violence de la Needcompany
Fabienne Darge - LE MONDE (-- 2005)

Après « La chambre d’Isabella », spectacle culte du festival de 2004, Jan Lauwers présente au Cloître des Célestins « Needlapb 10 » Avignon sans doute avait besoin de cela: un moment partagé. « Bienvenue mesdames et messieurs, accueille au début de la soirée le maître provisoire des lieux., le Flamand Jan Lauwers. Ceci n'est pas un spectacle. On va plutôt créer un espace mental : c'est vous qui allez travailler un peu pour nous.» Pas vraiment un spectacle, donc, dans les vieilles pierres du Cloître des Célestins, mais un «Needlapb », autrement dit un chantier, un laboratoire de création auquel le spectateur est convié à participer. Après La Chambre d'Isabella, spectacle-culte du festiva1 de 2004, on retrouve la même compagnie de comédiens-danseurs-musiciens, toujours aussi beaux, toujours aussi magnétiques. Et l'incroyable Viviane de Muynck, actrice-fétiche de Lauwers, qui ici préside à la confection des cocktails qui seront offerts aux spectateurs au cours de la soirée. On retrouve aussi l'art de Lauwers, éclaté, décentré, mêlant texte, danse, musique, images avec un exceptionnel talent pour multiplier et croiser les points de vue. Le premier fragment proposé à la réflexion du spectateur est· une série de «portraits anthropologiques autour de la violence», Une femme ne supporte plus ses voisins. Un homme en a tué un autre' avec un couteau, et ne sait plus ce qui s'est passé. Une femme «essaie d'être normale» et de voir sa famille. Un homme explique pourquoi il ne veut pas aider les autres. Petits récits à la Raymond Carver, tellement réels, tellement banals, qu'ils en deviennent fantastiques. Pulsions sadiques, autodestructrices. Comme toujours chez Lauwers, la question de la peur de l'autre et ses multiples manifestations sont au cœur du travail. L’ARTISTE ET LE HOMMARD Puis vient un long monologue «pour un artiste mélancolique », dit par Viviane de Muynck qui, habillée en homme et affublée d'une barbe, ressemble à Jean-Paul Roussillon. Présence époustouflante, pour un texte qui commence ainsi: «Je suis un ,peu original un peu bizarre si vous préférez. Un peu incompris, et mémé incompréhensible ... » Après les cocktails, voici une séquence complexe et assez délirante, L'Histoire du homard, qui met en jeu les différents types et niveaux de récits, et notamment le récit télévisuel, psychologique et naturaliste. Les femmes, vêtues de longues robes noires à cerceaux style Russie XIX siècle, les hommes, en costumes blancs, jouent, de ce jeu si particulier aux comédiens de .Jan Lauwers, à la fois distancié et terriblement concret, dynamitant de, l'intérieur les clichés du romantisme. Il y aura encore un film, où sera renouée la question initiale de la violence avec une force saisissante. C'est comme si les artistes de la Needcompany nous proposaient le matériel pour faire nous-mêmes le spectacle. A conseiller surtout aux aficionados. Même si les autres ont ici une occasion unique de découvrir la très singulière fabrique théâtrale du créateur flamand.

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