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La Maison de nos pères
installation 20m x 5m x 5m

Après la mort de mon père, j’ai soigneusement examiné sa maison, qui était devenue, par son absence, une autre maison. La maison elle-même avait été conçue par lui, et c’est là que je suis né et que j’ai grandi.
Dans le fond de la cave, derrière une armoire branlante, il y avait une conserve en verre qui contenait un cœur humain dans du formol. Personne ne m’a jamais dit d’où venait ce cœur. Au dernier étage de la maison, il y avait une cloche en verre qui contenait une momie égyptienne d’animal, en forme de L inversé, haute de 36 cm. Nous l’avons emmenée à l’hôpital local, où mon père avait travaillé comme médecin, et nous l’avons fait radiographier. Il s’agissait d’un jeune babouin. Cet objet-là non plus, je ne sais pas d’où il vient.

Ces deux objets ont une histoire qui nous est inconnue, et qui permet de se raconter des histoires. Par conséquent, je leur ai donné une place centrale dans mes pensées concernant ‘La maison de nos pères’. Ces objets ont été littéralement arrachés à leur propre passé. Le cœur vient peut-être d’Orient (à cette époque (1950), beaucoup d’organes et de squelettes étaient importés d’Inde vers les universités occidentales en tant que matériel didactique), et le babouin avait sans doute été dérobé dans une tombe en Égypte, et importé en fraude en Europe.

L’histoire est toujours écrite par des individus, elle n’est jamais un récit objectif. Que signifie l’histoire personnelle en regard de l’histoire générale? Pouvons-nous écrire une histoire qui ait du sens? Que signifient ces objets si on leur donne une autre histoire? Voilà le sens fondamental de cette maison. Il s’agit d’engager une confrontation avec un passé qui est toujours changeant. Que signifie dès lors la mémoire? L’histoire de l’art actuelle est entièrement définie par le politique. L’influence du marché de l’art et les glissements de richesses dans notre société, et de façon concomitante l’influence des religions, est plus importante que jamais. Que signifie cette maison dans ce contexte?

Je construis une maison. Une maison mobile. Chaque détail de cette maison est une œuvre d’art autonome, non fonctionnelle. Une maison accueillante. Où les gens sont invités à signifier quelque chose dans cette maison.

La principale différence entre le théâtre et l’art plastique, c’est l’utilisation du temps de l’observateur. Au théâtre, c’est le créateur qui détermine le temps de la perception d’une image. Dans le cas d’une œuvre d’art plastique, l’observateur décide lui-même de son temps. Dans mon œuvre théâtrale, j’utilise la notion d’image limite. Une image limite est une image qui reçoit le temps d’imprégner le cerveau de l’observateur, par le fait que j’allonge le temps normal de perception. Dès lors, cette image fait date dans le chef de l’observateur. L’image devient mémoire. A ce moment-là, la différence entre une image limite (au théâtre) et l’image d’une œuvre d’art plastique disparaît. Si l’art n’imprègne pas la mémoire de l’observateur, il n’existe pas.

Avec Needcompany, je ne cesse de faire des expériences sur le temps. Dans les installations muséales, nous jouons des performances qui durent toute une journée, et c’est l’observateur lui-même qui détermine pendant combien de temps il souhaite percevoir une action. Dans ces actions, le lieu (en l’occurrence le musée) et l’action (le théâtre) sont déconstruits par la subjectivité du temps lors de la perception. Ces installations constituent donc la passerelle nécessaire entre les deux média avec lesquels je travaille.

Jan Lauwers

Concept: Jan Lauwers & Needcompany | Avec: Grace Ellen Barkey, Anneke Bonnema, Hans Petter Dahl, Julien Faure, Yumiko Funaya, Benoît Gob, Maarten Seghers, Inge Van Bruystegem, Jan Lauwers, Elke Janssens e.a.

Production: Needcompany | Avec le soutien des autorités flamandes.